Vous roulez depuis un moment en micro-entreprise et un chiffre vous dérange : votre bénéfice réel dépasse largement les 50 % que le fisc vous accorde forfaitairement en charges. Vous vous demandez si passer en société vous ferait payer moins d'impôts. La réponse dépend d'un arbitrage précis entre trois statuts : EI, EURL, SASU. Aucun n'est « le meilleur » dans l'absolu.

Les trois statuts en une phrase chacun

EI (entrepreneur individuel, micro ou au réel) : pas de société, vous ET votre activité êtes la même personne juridique — mais depuis 2022, votre patrimoine personnel est protégé automatiquement, sans démarche.

EURL : société unipersonnelle, à l'impôt sur le revenu par défaut (option IS possible). Le gérant associé unique cotise comme travailleur non salarié (TNS) — moins cher, moins protecteur.

SASU : société unipersonnelle aussi, mais à l'impôt sur les sociétés par défaut. Le président est assimilé salarié — plus cher en charges, mais protection sociale proche d'un vrai salarié (hors chômage).

À retenir : EI et EURL peuvent rester à l'IR (vous payez l'impôt sur le revenu directement sur le bénéfice). SASU est à l'IS par défaut : la société paie l'impôt, vous vous versez ensuite un salaire et/ou des dividendes.

Cotisations sociales : TNS vs assimilé salarié

C'est le critère qui pèse le plus lourd au quotidien. Un chauffeur qui roule 55 heures par semaine sent la différence sur chaque relevé de compte.

Charges sociales indicatives par statut (source : URSSAF indépendants, ordres de grandeur 2026)
StatutRégime socialCharges approx.
EI micro-entrepriseTNS (micro-social)21,2 % du CA brut (prestations de services)
EI au réel / EURLTNSenviron 30 à 45 % de la rémunération nette
SASUAssimilé salariéenviron 75 à 82 % du salaire net
Attention : ces taux sont des ordres de grandeur indicatifs, pas des barèmes figés — ils varient selon le revenu, l'ACRE éventuelle et les tranches. Faites toujours confirmer le calcul exact par un expert-comptable ou un simulateur URSSAF avant de trancher.

Ce delta énorme (30-45 % contre 75-82 %) s'explique par ce qu'il finance : le régime assimilé salarié cotise pour une retraite plus généreuse, une meilleure couverture prévoyance, et une assurance chômage volontaire — sans jamais couvrir la perte d'emploi du dirigeant lui-même, qui reste exclu de Pôle emploi dans les deux cas.

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Fiscalité : IR ou IS, salaire ou dividendes

En EI et en EURL non optée à l'IS, le bénéfice de l'entreprise s'ajoute directement à votre revenu imposable — vous payez l'impôt sur le revenu au barème progressif, que vous ayez sorti l'argent de la trésorerie ou non.

En SASU (et en EURL sur option), la société paie l'impôt sur les sociétés sur son bénéfice : 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice (sous conditions), 25 % au-delà. Vous vous versez ensuite tout ou partie du résultat net, en salaire (charges sociales, voir plus haut) ou en dividendes.

Astuce : les dividendes de SASU sont taxés au prélèvement forfaitaire unique (PFU, « flat tax ») autour de 30 % — sans aucune charge sociale supplémentaire. C'est ce qui rend la SASU intéressante au-delà d'un certain niveau de bénéfice : arbitrer entre salaire (chargé à 75-82 %) et dividendes (taxés ~30 % mais sans droits sociaux associés).

Ce que ça change concrètement

Un chauffeur qui dégage un gros bénéfice a intérêt à limiter son salaire au strict nécessaire (couvrir ses charges personnelles, valider des trimestres de retraite) et à sortir le reste en dividendes. Un chauffeur qui a besoin de tout son revenu pour vivre n'a souvent aucun intérêt à la SASU : il paie plein pot en charges sociales sur un salaire qu'il consomme entièrement.

Tableau de décision

Votre situationStatut à envisager
Débutant, CA modéré, envie de simplicitéMicro-entreprise (EI)
Bénéfice réel > abattement 50 % micro, besoin de tout le revenu pour vivreEURL
Bénéfice confortable, capacité à limiter son salaire, envie de meilleure protection socialeSASU
Projet d'association future avec un autre chauffeur ou investisseurSASU → SAS (évolutif sans transformation)
Chauffeur VTC comparant des documents fiscaux sur une tablette
Le bon statut dépend de votre bénéfice réel, pas de la mode du moment sur les groupes WhatsApp de chauffeurs.

Cas concret : Sofiane, 68 000 € de bénéfice

Sofiane roule depuis quatre ans en Île-de-France. Sa micro-entreprise plafonne : il dégage 68 000 € de bénéfice réel sur un CA de 95 000 €, bien au-dessus de l'abattement forfaitaire de 50 % que lui accorde le régime micro. Il paie donc de l'impôt sur un bénéfice fictif largement supérieur à son bénéfice réel.

Option envisagéeCe qui change pour lui
Rester en microImpôt calculé sur 47 500 € (95 000 € − 50 % abattement), pas sur son bénéfice réel de 68 000 € — perte fiscale
Passer en EURLImpôt sur le bénéfice réel (68 000 €), charges TNS ~35-40 % s'il se verse tout en rémunération
Passer en SASUIS à 15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà ; arbitrage salaire limité + dividendes pour réduire les charges sociales globales

Sofiane a fini par choisir la SASU, avec un salaire couvrant ses charges fixes et le solde en dividendes — un montage qu'il a fait valider par un expert-comptable avant de basculer, parce qu'un mauvais dosage salaire/dividendes peut faire perdre l'intérêt de l'opération.

Questions fréquentes

Faut-il quitter la micro-entreprise pour passer en société ?
Pas automatiquement. Tant que vos charges réelles restent inférieures à l'abattement forfaitaire de 50 %, la micro-entreprise reste souvent la solution la plus simple. Le passage en société devient intéressant quand le bénéfice réel dépasse largement cet abattement.
EURL ou SASU pour un chauffeur VTC : quelle différence de charges sociales ?
En EURL, le gérant est TNS : charges plus légères (environ 30 à 45 % de la rémunération nette) mais protection sociale moindre. En SASU, le président est assimilé salarié : charges nettement plus élevées (environ 75 à 82 % du net) mais protection proche d'un salarié, hors chômage.
Quel est le taux d'impôt sur les sociétés en 2026 ?
15 % sur les bénéfices jusqu'à 42 500 €, sous conditions, puis 25 % au-delà. S'applique aux sociétés à l'IS : EURL sur option, SASU par défaut.
Le patrimoine personnel est-il protégé en EI ?
Oui, depuis la réforme du statut unique de l'entrepreneur individuel (2022) : le patrimoine personnel est automatiquement séparé du patrimoine professionnel, sans démarche à faire.

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Information légale : Cet article est fourni à titre indicatif, à but pédagogique. Les taux de cotisations sociales et d'imposition évoluent régulièrement. Le choix d'un statut juridique doit toujours être validé avec un expert-comptable ou un juriste avant toute démarche.