Mi-août, un mardi, 10h. Vous avez enfin trouvé quelqu'un pour la troisième voiture : Karim, six ans au volant d'un bus de ligne, calme, ponctuel, il connaît chaque rond-point du 93. Il vous avait dit en juillet : « Pas besoin d'examen, j'ai l'expérience, je passe par l'équivalence. Trois semaines et je roule. » Vous aviez calé le leasing là-dessus.
Il vous rappelle. Sa voix a changé. « Ils ont tout arrêté. Il faut passer l'examen comme tout le monde. »
Il n'a rien inventé.
Réponse directe : un décret du 5 août 2026, publié au Journal officiel le 11 août, a supprimé la voie de l'équivalence pour la carte professionnelle VTC (et celle des moto-taxis). Depuis le 12 août 2026, l'expérience de conducteur professionnel ne suffit plus : l'examen organisé par les chambres de métiers et de l'artisanat est la seule porte d'entrée. Les cartes déjà délivrées restent valables, et les dossiers d'équivalence déposés avant le 12 août sont traités selon les anciennes règles.
Ce qu'était l'équivalence, et pourquoi les flottes en vivaient
Jusqu'à cet été, il existait deux chemins vers la carte VTC. L'examen, que tout le monde connaît. Et l'équivalence : si vous pouviez prouver au moins un an d'expérience comme conducteur professionnel de transport de personnes au cours des dix dernières années, la préfecture vous délivrait la carte sans examen. Pas d'épreuve théorique, pas d'épreuve pratique. Un dossier, des justificatifs, et l'attente.
Pour un gérant de deux ou trois voitures, c'était un raccourci précieux. Les profils qui passaient par là, vous les connaissez :
- l'ancien chauffeur de bus ou de car qui en a assez des horaires imposés ;
- l'ambulancier ou le conducteur de transport sanitaire qui veut changer d'air ;
- le chauffeur salarié d'une société de transport de personnes, de navettes ou de limousine ;
- l'ex-taxi salarié qui ne veut plus louer de licence.
Des gens qui savent conduire avec des passagers derrière eux, qui ont l'habitude des horaires. Exactement ceux qu'on a envie de mettre dans une voiture à 40 000 euros. Et surtout, des gens disponibles vite. Le délai, c'était celui de l'instruction du dossier, pas celui d'une préparation d'examen.
Le problème, c'est que ce raccourci a aussi attiré les tricheurs.
Ce que le décret d'août 2026 change exactement
Le gouvernement a avancé deux raisons. D'abord, l'équivalence ne garantit pas un niveau de compétence homogène entre les chauffeurs : une personne avec un an de navette aéroport et une autre avec dix ans de bus obtenaient la même carte, sans avoir jamais été évaluées sur la réglementation VTC. Ensuite, la fraude. Les services de l'État ont relevé de nombreux dossiers montés avec des fiches de paie falsifiées et de faux certificats de travail. Un an d'expérience, ça s'imprime. L'examen, non.
Le contexte pèse aussi. L'Observatoire national des transports publics particuliers de personnes comptait environ 71 300 chauffeurs VTC actifs sur les plateformes en métropole en 2024, soit 27 % de plus qu'en 2023. Une profession qui grossit aussi vite, l'État veut savoir qui y entre.
| Jusqu'au 11 août 2026 | Depuis le 12 août 2026 | |
|---|---|---|
| Voies d'accès | Examen ou équivalence | Examen uniquement |
| Expérience pro d'un an sur dix ans | Suffisait pour obtenir la carte | Ne dispense plus de rien |
| Évaluation du candidat | Sur pièces, pour l'équivalence | Épreuve théorique puis épreuve pratique de conduite |
| Qui organise | CMA pour l'examen, préfecture pour l'équivalence | CMA du département |
| Moto-taxis (VMDTR) | Même logique à deux voies | Examen uniquement, eux aussi |
L'examen, lui, ne bouge pas. Une partie théorique (réglementation du transport de personnes, sécurité routière, gestion, anglais, entre autres) puis une épreuve pratique d'une vingtaine de minutes, en situation réelle avec un passager simulé. Côté porte-monnaie du candidat, comptez autour de 200 euros d'inscription, et entre 400 et 3 000 euros s'il passe par un centre de formation, qui n'est pas obligatoire. Le détail du parcours est dans notre guide Carte professionnelle VTC 2026 : examen, prix, délais.
Qui n'est pas concerné
Avant de paniquer pour vos chauffeurs actuels, trois bonnes nouvelles.
Les cartes déjà délivrées restent valables. Le décret ne revient pas en arrière. Un chauffeur qui a obtenu sa carte par équivalence en 2023 continue de rouler normalement jusqu'à l'échéance de sa carte, puis il la renouvelle comme tout le monde, sans repasser d'examen. Vous n'avez rien à faire pour lui.
Les dossiers déposés avant le 12 août 2026 suivent les anciennes règles. Si votre candidat a envoyé sa demande d'équivalence le 8 août, elle est instruite comme avant. Demandez-lui le récépissé ou la capture de la confirmation en ligne. C'est sa preuve, et c'est aussi la vôtre si vous calez un planning sur son arrivée.
La reconnaissance des qualifications européennes est à part. Un conducteur qui a exercé dans un autre pays de l'Union européenne ou de l'Espace économique européen relève d'une procédure distincte, que le décret ne touche pas.
Une nuance quand même. « Pas rétroactif » ne veut pas dire « amnistie ». Une carte obtenue avec de faux justificatifs reste une carte obtenue frauduleusement, et le contexte actuel pousse plutôt les préfectures à regarder de près. Si un doute vous traverse sur la carte d'un candidat, lisez Fausse carte VTC et prêt de compte : comment protéger sa flotte ? avant de lui confier les clés.
Votre tunnel de recrutement, avant et après
Concrètement, à quoi ressemble le recrutement d'un chauffeur qui n'a pas encore la carte ?
| Étape | Avec l'équivalence | Depuis le 12 août |
|---|---|---|
| Préparer | Réunir les justificatifs d'expérience | Réviser la théorie, s'entraîner à la conduite, souvent en centre |
| Attendre | Instruction du dossier en préfecture | Une place dans une session de la CMA, puis le résultat de la théorie avant la pratique |
| Risque d'échec | Dossier incomplet ou refusé | Échec à l'une des deux épreuves, et nouvelle inscription |
| Fin | Délivrance de la carte | Demande de carte après réussite, puis fabrication |
Personne ne publie de délai garanti, ni pour obtenir une place à l'examen, ni pour recevoir la carte. Le rythme dépend du département. Dans les Bouches-du-Rhône, par exemple, la CMA annonce une session par mois et dit vouloir ajuster les places pour absorber les candidats qui comptaient sur l'équivalence. En Île-de-France, où se trouve l'essentiel des flottes, la demande est plus forte. Retenez une chose : on parle en mois, plus en semaines.
Ce qui change pour vous tient en trois points.
Le vivier se rétrécit
Les candidats « prêts à rouler » sont maintenant uniquement ceux qui ont déjà la carte. Tout le monde va chercher les mêmes. Un chauffeur titulaire, fiable, qui connaît les plateformes, devient plus difficile à trouver. Et donc plus facile à perdre au profit de la flotte d'à côté qui propose un meilleur partage.
L'expérience garde de la valeur, mais pas la même
Karim reste un bon profil. Six ans de bus, c'est un énorme avantage pour l'épreuve pratique et pour le quotidien avec les clients. Sauf que maintenant, il faut lui laisser le temps de passer l'examen. Le bon candidat d'hier est toujours le bon candidat. Il arrive juste plus tard.
Le planning de votre flotte doit anticiper
Avant, on pouvait recruter « au moment où » : un chauffeur part, on cherche, on trouve un ex-ambulancier, il dépose son dossier, et c'est reparti. Maintenant, si vous attendez le départ pour chercher, la voiture va attendre avec vous.
Le vrai coût : une voiture qui attend son chauffeur
C'est là que le décret devient une question de trésorerie, pas juste de réglementation.
Prenons un exemple simple, avec des chiffres ronds à remplacer par les vôtres. Une voiture en LLD à 650 euros par mois, une part d'assurance flotte à 220 euros, une place de parking à 120 euros. Ça fait environ 990 euros de charges fixes par mois, soit à peu près 230 euros par semaine, que la voiture roule ou pas. Et ce n'est que la colonne des dépenses.
De l'autre côté, il y a ce que la voiture ne vous rapporte pas pendant qu'elle dort. Si elle vous laisse d'habitude 300 euros de net par semaine une fois le chauffeur payé, chaque semaine d'attente vous coûte en réalité ces 230 euros de charges plus les 300 euros que vous ne touchez pas. Plus de 500 euros par semaine. Sur deux mois d'attente, plus de 4 000 euros.
Avec trois voitures, ça peut représenter tout votre bénéfice d'un trimestre.
Ce calcul, la plupart des gérants le font de tête, en gros. Le souci, c'est que « en gros » ne permet pas de décider. Faut-il garder la troisième voiture pendant que Karim révise ? La sous-louer quelques semaines à un chauffeur déjà titulaire ? Rendre le contrat ? La réponse dépend de ce que cette voiture précise vous rapporte vraiment, et c'est exactement ce que détaille notre article sur la rentabilité par véhicule d'une flotte VTC.
Cinq ajustements à faire cet automne
Rien de révolutionnaire. Juste les réflexes qui évitent qu'un décret paru en plein mois d'août vous coûte votre trésorerie de fin d'année.
- Recensez vos cartes. Pour chaque chauffeur, notez la date de fin de validité de sa carte professionnelle. Ceux qui l'ont obtenue par équivalence ne risquent rien, mais une carte qui expire sans renouvellement anticipé, c'est une voiture arrêtée. Le renouvellement demande une formation continue : prévenez-les plusieurs mois avant.
- Gardez un chauffeur titulaire en réserve. Quelqu'un qui a déjà la carte, qui roule ailleurs ou à temps partiel, et qui sait que vous pouvez l'appeler. Avec la fin de l'équivalence, c'est votre meilleure assurance contre une voiture à l'arrêt.
- Recrutez avant d'en avoir besoin. Une deuxième voiture qui arrive en mars ? Le chauffeur sans carte se cherche maintenant, pas en février. Repérez les bons profils (anciens chauffeurs de bus, ambulanciers, chauffeurs de navette) et laissez-leur le temps de l'examen.
- Encadrez l'aide à la formation, si vous en donnez une. Avancer la formation d'un futur chauffeur peut être une bonne idée. Mais s'il roulera pour vous comme indépendant, une aide assortie d'une exclusivité ou d'un remboursement lié à ce qu'il fait pour vous peut ressembler à un lien de subordination. Faites-le écrire proprement, et parlez-en à votre comptable ou à un avocat. Le sujet est développé dans Recruter un chauffeur VTC : salarié ou sous-traitant, que choisir ?
- Soignez ceux qui sont déjà là. Un chauffeur titulaire qui part, c'est désormais plus long à remplacer. Un partage clair, des virements à l'heure, un récap lisible chaque semaine : c'est souvent ce qui fait rester un bon chauffeur, plus que quelques euros de différence.
Le point 5 paraît anodin. En réalité, c'est le moins cher de tous.
Ce que VTComptes change dans tout ça
VTComptes ne fait passer aucun examen et ne délivre aucune carte. Ce qu'il fait : lundi 9h, le relevé Uber tombe, vous l'importez avec celui de Bolt, et vous voyez pour chaque chauffeur et chaque voiture le chiffre d'affaires, les frais, et ce qu'il vous reste vraiment. Les chauffeurs reçoivent un récap clair et des virements qui ne traînent pas. Et le jour où une voiture attend son conducteur, vous savez en une minute combien chaque semaine vous coûte, ce qui vous aide à choisir entre attendre, sous-louer ou rendre. C'est gratuit jusqu'au 31 décembre 2026, sans carte bancaire.
Karim, lui, s'est inscrit en centre fin août. Il a eu la théorie du premier coup. La pratique, c'est le mois prochain. En attendant, la troisième voiture roule avec un chauffeur titulaire, prêté trois jours par semaine par un collègue gérant. Pas idéal. Mais chiffré, et assumé.
Questions fréquentes
Peut-on encore obtenir la carte VTC par équivalence en 2026 ?
Les cartes VTC obtenues par équivalence restent-elles valables ?
Que devient un dossier d'équivalence déposé avant le 12 août 2026 ?
Un ancien chauffeur de taxi, de bus ou d'ambulance doit-il passer l'examen VTC ?
Combien de temps faut-il prévoir pour recruter un chauffeur qui n'a pas la carte ?
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